L’Union fait la force

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Quatre relayeurs, trois éléments. Mais c’est aussi une histoire de mousquetaires de l’outdoor. Un pour tous, tous pour un.

Au bout de la ligne droite, au cœur du village de Talloires, déboule l’un des derniers participants. Lui, n’en a plus, de cœur. Il en a tellement mis à l’ouvrage. La pression de partir le premier sûrement. D’être le maillon initial d’un rouage plus ou moins huilé, préparé. Pensez ! Quatre sportifs : rameur, traileur, parpentiste, vététiste, se donnant le relais dans une même équipe, on n’avait jamais vu ça avant le premier Red Bull Éléments, relais sans équivalent inauguré en 2011 – et dont l’édition 2017 verra un nageur exténué remplacer le rameur carbonisé.

Pas aussi simple qu’un 4×100 m, ce pari de transversalité. Surtout quand il faut faire avec les éléments, hostiles par nature, dès qu’on ose l’altitude et sa météo instable. Un relais unique, donc, incertain jusqu’à l’issue tant le terrain peut se montrer joueur avec les pros, comme les amateurs.

Premier relayeur, le nageur est celui qui donne le rythme.

Revenons à l’élément premier. Les eaux calmes et claires du lac au petit matin. Après un départ en masse – 70 équipes à l’attaque – ce sont 2 800 m de nage qu’il faudra désormais assurer au Red Bull Éléments, en deux tours, suivi pour le premier de 400 m et pour le second de 600 m de course à pied.

Lorsque le nageur surgira de l’eau, réalisant le sprint le plus humide de toute sa carrière, c’est à bout de souffle et de muscles qu’il tapera dans la main de son équipier traileur, prêt à s’élancer à l’assaut de la Tournette, 11,2 km plus haut. Une chaîne de performance solidaire.

Au sortir d’une brume bien trop glacée, le traileur se fait masser les mains – gelées – par son successeur parapentiste. Lequel, après avoir survolé le vert émeraude du lac d’Annecy, fait trois atterrissages et autant de décollages, rate la micro-barge sur laquelle il est censé atterrir dans le lac, court comme un dératé, voile placée en corolle et suspentes emmêlées pour compenser la perte au chrono.

Puis lessivé, tape dans la main du dernier, le vététiste qui part pour 22 km, et qui, de monotraces rachitiques en passerelles branlantes, finit en aveugle, sans savoir grand-chose de son classement. Mais qui va piocher au fond, tout au fond, parce que l’esprit d’équipe est un formidable accélérateur de performances. L’union fait la force, dit-on.

Deuxième relayeur, le traileur donne tout dans les 11,2 km de montée qui le séparent du sommet.

Pourtant, quand le mot de relais outdoor est prononcé en 2011, le scepticisme est de mise. Un relais ? Pardon ? Comment rendre lisible une telle épreuve, sur un terrain aussi vaste ? Comment pourront s’entendre dans la même équipe des stars de différentes disciplines, par essence individuelles ? Une foire à l’ego en vue ? Ce n’est pas parce qu’on agrège les plus forts que cela fait une équipe qui gagne, les footballeurs pros peuvent en témoigner. Bref, la mayonnaise allait-elle prendre autour du lac d’Annecy ou finir, ratée et indigeste, dans ses profondeurs ?

Quel que soit le tempo, la motivation est claire : solidaires dans la sueur, courageux dans l’engagement. Même si l’amateur ne joue pas le même chrono que l’athlète professionnel du haut du tableau, le tout est de ne pas confondre ce relais avec une promenade de santé.

Les doutes sont vite levés. En découvrant le camp de base d’abord : Talloires, située sur la rive est, à 447 mètres d’altitude au pied du Lanfonnet, Roche Murraz (1 768 m), des Dents de Lanfon (1 824 m) et de La Tournette (2 351 m), le point culminant du lac où allaient bientôt s’éparpiller les traileurs. Impossible de rêver mieux pour un relais multisports que ce terrain de jeu grandeur nature, site pionnier du parcours-aventure. Le niveau ensuite : l’événement n’est pas qu’un raid-aventure pour les forts de la nature. L’horizon reste ouvert aux amateurs. Pour peu que ce soit sur l’air des Copains d’abord. Car quel que soit le tempo, la motivation est claire : solidaires dans la sueur, courageux dans l’engagement. Même si l’amateur ne joue pas le même chrono que l’athlète professionnel du haut du tableau, le tout est de ne pas confondre ce relais avec une promenade de santé.

Troisième relayeur, le parapentiste décolle du haut de La Tournette et son panorama saisissant sur le lac.

Sur le lac, pas le temps de rêver le long du Roc de Chère et ses falaises de 37 m de haut en direction du romantique château de Duingt, quand bien même on aurait envie d’y réveiller la Belle au Bois Dormant. Dans la Montée de La Tournette, le traileur mute dahu dans les dalles raides et les échelles. Dans le chemin de Planfait, le parapentiste bataille avec les pierriers qui, s’il pleut, deviennent patinoire. Le vététiste porte son vélo dans les montées, fuse à Mach 2 dans les descentes mais, il peut se rassurer : cette année, le parcours promet d’être plus roulant. Amateurs, certes. Mais éclairés et entraînés. Et qui pourront, l’espace d’un instant, se mesurer aux meilleurs, du moins voir l’écart qui les en sépare.

Dernier relayeur, le vététiste doit être polyvalent, maîtriser le hors-piste et aimer la descente. Après lui, c’est top chrono.

On le sait : crapahuter dans les airs, sur l’eau ou dans la boue à côté de champions, est aussi une incroyable source de motivation. Ceux-là, enfin, se côtoient, au moins une fois par an, depuis Red Bull Éléments. Nageurs, traileurs, parapentistes, vététistes de haut niveau : tous membres de la même planète outdoor, dont les chemins ne se croisaient que peu, voire jamais auparavant. Tous réunis, dans l’effort, la bonne humeur, le partage. Lors de la première édition, Kilian Jornet, star mondiale du trail, résumait bien l’esprit de l’épreuve. « C’est en discutant avec Martin Fourcade (multiple champion du monde et champion olympique de biathlon, ndlr) qu’on a eu l’idée d’y participer. Nous sommes de bons amis et on avait envie de faire quelque chose ensemble. C’était l’occasion parfaite ! Après, on a cherché des personnes pour l’aviron et le parapente (Jérémy Pouge et Martin Bonis, ndlr) et on a constitué une belle équipe. On vient pour la perf, mais aussi et surtout pour passer de bons moments ensemble, vivre de nouvelles émotions. Ce qui me motive plus que tout, ce sont les paysages ! Pour un fou de nature et de montagne comme moi, arriver au sommet de la Tournette, voir le lac d’Annecy en bas et le Mont-Blanc en face, c’est absolument magnifique. »

Pas aussi simple qu’un 4×100 m, ce pari de transversalité. Surtout quand il faut faire avec les éléments, hostiles par nature, dès qu’on ose l’altitude et sa météo instable. Un relais unique, donc, incertain jusqu’à l’issue tant le terrain peut se montrer joueur avec les pros, comme les amateurs.

Vous pensez pouvoir leur succéder ? Vous voulez relever le défi du Red Bull Éléments ? Les inscriptions pour l’édition 2017 sont ouvertes !

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